BAM !
Bibliothèque Associative de Malakoff
28/01- 15h – séance préparatoire pour des ateliers de réflexion en 2018
Categories: Évenements

Ce rendez-vous, ouvert aux personnes intéressées, est dédié à l’élaboration d’un programme de rendez-vous thématiques en alternance dont voici les intitulés.

ATELIER N°1 :

Approfondissement de la critique (historique, politique, théorique) du capitalisme thermo-industriel, de la société du spectacle et de la gestion massive des foules par les algorithmes.

ATELIER N°2 :

Quels sont les murs auxquels se heurte la critique intellectuelle ou militante et qui minent les possibilités de naissance d’un salutaire mouvement de masse ? (voir plus bas)

ATELIER N°3 :

Les bouleversements politiques et anthropologiques « en marche » dans ce pays sont sans équivalents depuis les années 1940. Il s’agit d’en analyser le contenu et la méthode (voir texte écrit sur le « macronisme », référence au thatchérisme, intitulé « La machine de guerre Macron » – nouvelle version janvier 2018)

ATELIER N°4 :

Comment repenser la vie de A jusqu’à Z ? Que faire de l’héritage empoisonné qui nous est légué par ce capitalisme ?


(quelques pistes de réflexion pour) ATELIER N°2

Quels sont les murs auxquels se heurte la critique intellectuelle ou militante et qui minent les possibilités de naissance d’un salutaire mouvement de masse ?

Obstacles issus du contexte général :

L’érotisation panoptique de la mort nécessaire à la pérennité du stade actuel du capitalisme – qui a initié une guerre généralisée au vivant depuis 1945 – fait de nous des « porteurs de secrets » difficilement audibles.

La puissante synergie (matérielle et symbolique) entre capitalisme thermo-industriel et mode de connaissance scientifique induit le règne d’une nouvelle religion (La Science) qu’étaye la généralisation d’un imaginaire structuré par la rationalité calculatrice / transgressive qui s’épanouit dans la valorisation immédiate et le présentisme.

Le tittytainment 1 a pris des dimensions inédites : il est devenu portable, permanent, mondialisé, nécessaire pour occuper les 80% de la population bientôt surnuméraire (cela rend d’ailleurs plausible – à l’échelle d’une génération – une déflagration mondiale qui permettrait de « repartir à zéro »). La dépendance infantilisante que cela entraîne renforce la soumission.

La division approfondie et étendue du travail continue de saper les bases morales de tous les rapports humains et en particulier les rapports de solidarité.

Dans ce registre, le nec plus ultra de la soumission up-to-date, consiste à se glisser dans la peau d’une « monade/nomade augmentée » qui vise à se comporter sans états d’âme comme une « pure variable d’ajustement ».

De la question de la vérité :

Tous les utilisateurs du mode de connaissance scientifique tiennent le double langage qu’il autorise : il est garant de la seule rationalité qui vaille, et parallèlement, il n’existe plus que des vérités contingentes, fragiles, régionales. Le principe de non-contradiction est ainsi exclu, ce qui constitue l’ouverture la plus sûre au délire.

Si plus rien ne peut être assignable au registre de la vérité, alors on comprend que les délires sur Internet se soient si vite installés : c’est un véritable poison social, politique et anthropologique. Ce qui s’est passé en Tunisie en 2011 et après confirme qu’il n’y aura pas de révolution des « Like ».

Du règne du management entrepreneurial :

Il n’existe plus de culture à proprement parler, mais un gavage incessant « venu d’ailleurs » et contrôlé par quelques grands groupes financiers. Au passage : pour qu’un individualisme existe, encore faudrait-il que le sujet libéral n’ait pas été vidé de sa substance. Tout attribuer à ce soi-disant individualisme est une des nombreuses manières de culpabiliser les foules après leur avoir fait avaler la couleuvre.

La destruction de toute autre forme de vie que celle soumise à la rentabilité a fini par détruire les anciennes collectivités et communautés au profit de La Société (en réalité des marchés nationaux constitués à la fin du 19e siècle) et isolé les individus qui tentent désespérément de combler leur vacuité par toutes sortes de consommations.

La concurrence de tous contre tous instituée par le capitalisme est également un puissant ferment d’isolement, lequel nécessite un narcissisme exacerbé afin que les foules s’imaginent encore vivre.

Ce qui reste des êtres humains se soumet corps et âme à l’entreprise dans un contexte de concurrence généralisée ; il n’y a donc plus de séparation entre vie privée et vie publique, ce qui est une des caractéristiques du totalitarisme.

A force de privatisations, il ne reste pas grand-chose du bien commun, ce qui sape encore plus sûrement les bases d’une communauté d’intérêts.

De l’élaboration intellectuelle défaillante

Après « la guerre de trente ans » qui a vu des effondrements sociaux inédits, les règnes de Sartre et Heidegger ont été les symptômes d’une disparition des intellectuels dignes de ce nom (Cf. Shlomo Sand, La fin de l’intellectuel français ? De Zola à Houellebecq, Paris, La Découverte, 2014).

1 C’est D-R Dufour qui signale dans On achève bien les hommes l’origine de ce mot valise utilisé par Zbigniew Brzezinski, membre de la commission trilatérale et ex-conseiller de Jimmy Carter, pendant la conclusion du premier State Of The World Forum qui s’est tenu fin septembre 1995 à San Francisco. Ces cinq cents hommes politiques, leaders économiques et scientifiques sont arrivés à la conclusion que « dans le siècle à venir, deux-dixièmes de la population active suffiraient à maintenir l’activité de l’économie mondiale ». Le problème se poserait alors de gouverner « les 80% de la population superflue » ne disposant pas de travail, ce qui pourrait nourrir une frustration croissante. Brzezinski qui a proposé le tittytainment, un mélange d’aliment physique et psychologique qui endormirait les masses, contrôlerait leurs frustrations et leurs protestations prévisibles. Tittytainment : une combinaison des mots anglais « tit » (le sein en argot), allusion à l’effet léthargique que l’allaitement maternel produit chez le bébé quand il boit, combiné à l’entertainment. Wikipédia. Lire également sur Médiapart : bit.ly/2p4B0YP